Une semaine après les championnats du monde à Montréal, Évita Muzic sera au départ, ce samedi, des championnats d’Europe en Slovénie, le pays d’où est originaire sa famille.
C’est un verre de vin qui raconte les racines d’Évita Muzic. Un vin slovène produit à la frontière italo-slovène, au nord de Trieste et servi à son oncle dans un restaurant italien il y a quelques semaines.
Sur l’étiquette, un nom : Mužič. Surpris, l’homme n’en croyait pas ses yeux. Car ce nom, c’est le sien et celui de toute leur famille.
Trieste, ville-carrefour et ville disputée. Au XXe siècle, Allemands, Italiens et Yougoslaves se l’arrachent tour à tour, au gré des guerres et des traités. C’est de ce coin de terre ballotté par l’Histoire que sont partis les grands-parents d’Évita, il y a près de cent ans. « Mon père est arrivé à Montmorot au printemps 1933 avec ses parents qui venaient travailler dans les mines de sel, rembobine Thierry Muzic, le père d’Évita. Il avait à peine trois mois et était né en Yougoslavie. »
Thierry n’est jamais retourné là-bas. Ni avec ses deux enfants, ni avec ses parents. « Je l’avais pourtant promis, jeune, à ma mère. Mais je crois que cela faisait remonter beaucoup trop de choses. » Évita, elle, a déjà eu l’occasion de poser ses roues dans le secteur avec les compétitions.
« Mais elle n’a jamais pris, ou eu, le temps d’ajouter une pause tourisme sur la terre de nos racines », précise Thierry. Le décès récent du grand-père d’Évita, au printemps, a fait remonter les souvenirs au fil des clichés retrouvés. Après avoir envisagé de se rendre là-bas sur ce bout de terre « pas si lointain que ça », Thierry Muzic sera derrière son écran ce samedi devant les championnats d’Europe à Ljubljana.
Ce pur Catharu – gentilé né des rhumes fréquents des mineurs de sel de Montmorot – vibre toujours pour sa fille en course. « Je tremble à chaque épreuve. Cet été, je n’ai pas pu aller la voir à Poligny sur le Tour de France. Mais je me suis forcé à aller la voir à l’arrivée à Mâcon. » La semaine dernière, aux championnats du monde, une chute collective a projeté au sol de nombreuses concurrentes, dont Évita, finalement 49e à Montréal.
Ce samedi, cent kilomètres à l’Est de Trieste, on saura comment Évita Muzic a récupéré du bitume et du décalage horaire. Mais pour elle et pour ses proches, ce championnat d’Europe aura une saveur particulière.
